lundi 23 août 2010

OPUS MIXTUM (xiii)

  
Treizième chapitre : la femme est l’avenir de l’homme et réciproquement

Si la fréquence des rapports écrits n’a pas suivi la périodicité convenue, c’est qu’un événement bouleversant est survenu, m’enlevant toute capacité à décrire ce qui s’est réellement passé le jour de la présentation de N2F2L2. J’ai de la peine, une fois les images dissipées, à pouvoir faire partager de la façon la plus neutre la densité du phénomène dans lequel, je crois, nous fûmes tous plongés. Le groupe d’experts internationaux appelées à évaluer, à définir, au mieux à comprendre….
...pour résumer, notre tâche est indéfinissable et aucune consigne n’est parvenu à en préciser les tâches ou les buts : nous sommes placés sans précaution devant des faits bruts et nous produisons des concepts qu’il faut répertorier, classifier et comparer entre eux ou par rapport à des repères fixes.
Je reprends : groupés devant l’écran de la salle de conférence, nous nous attendions à une transmission en direct d’un entretien (c’est le terme le plus conventionnel) avec la seule créature vivante d’apparence humaine retrouvée dans le vaisseau interplanétaire intercepté dans le système solaire. Quand l’écran s’alluma et que les regards se concentrèrent sur l’image de deux personnes en conversation dans un lieu situé à l’intérieur même de la station-hôpital, un même souffle s’échappa à l’unisson des spectateurs. Dans mon souvenir, toute référence à une niveau de conscience éveillé s’évanouit et je succombai au pouvoir d’attraction de cette vision : la personne au centre de tous les intérêts, avait l’apparence exacte de la femme à laquelle je dédiais quelques lignes au ton intimiste en avant-propos de la présente série de rapports d’activité…
Je suis incapable de dire en quelle langue s’est déroulé l’entretien et de répéter ce qui a été dit: il faut malheureusement attendre la diffusion d’un compte rendu. Par contre, je me souviens qu’à la fin de la séance, un silence sidéral régnait sur l’auditoire et que le participants mirent quelques minutes de trop à se lever et à se diriger vers la sortie en une procession de zombies hésitants. Une fois retombé dans la réalité brute des coursives animées de la station, quelques échanges verbaux purent se faire, après un démarrage toutefois laborieux; mais cela ne fit qu’ajouter à la confusion.
Selon le Pr Zhu, anthropologue de Shanghaï, la femme qu’il a vue avait les yeux bridés et les pommettes saillantes du groupe ethnique mongole. A la même question, le Dr Bergman de l’institut médico-légal de Göteborg dépeignait une physionomie caractéristique de Laponie. Profondément atteint par ce qui était à considérer, sur le moment, comme une hallucination collective ou une brochette de délires érotomaniaques, je battis en retraite dans mon coin de cabine pour m’isoler plusieurs heures durant. Je veillais longtemps dans une obscurité réparatrice, lorsque l’idée de demander à une femme de l’équipe ce qu’elle avait bien pu voir, surnagea dans les remous clapotant sous mon crâne. Le sommeil mit heureusement fin au sujet avant que la question ne devienne lancinante.

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